De juillet 2024 à décembre 2025, plus de 50 militants de base de six pays ont participé au cours d'éducation populaire de 18 mois du WoMin, Les femmes apprennent la libération (WLL). WLL est devenu un espace éducatif vital pour les femmes du Cameroun, de Côte d'Ivoire, de Guinée, de Madagascar, d'Afrique du Sud et d'Ouganda, soutenant leur lutte contre les projets de développement extractif.
En Guinée, les 10 activistes qui ont participé à la formation provenaient de trois projets de développement, dont un projet d'hyperbarrage et un projet de ligne électrique. Vivant dans un rayon de 3 à 5 kilomètres les unes des autres, les femmes ont tissé des liens solides où elles se sont rencontrées et ont voyagé ensemble régulièrement pour assister aux sessions du WLL.
Privées d'accès à l'éducation formelle, ces femmes connaissent parfaitement la violence des systèmes patriarcaux et coloniaux. Pour elles, l'apprentissage n'est pas seulement un épanouissement personnel ; c'est un acte de résistance contre des générations d'exclusion.
Nous nous sommes entretenus avec Laetitia, la facilitatrice qui a dirigé les sessions de WLL en Guinée, sur la manière dont l'expérience a transformé à la fois les participants et elle-même. Laetitia est une organisatrice féministe qui travaille en Guinée. CECIDE (Centre du Commerce International pour le Développement), notre partenaire local, pour lutter contre les inégalités et aider les communautés marginalisées à faire entendre leur voix.
Quel enseignement clé avez-vous personnellement tiré de la facilitation de la WLL, et quel impact cela a-t-il eu sur votre travail ?
L'un des principaux enseignements que j'ai tirés de la facilitation du WLL est l'importance de l'éducation populaire et l'idée que le leadership est quelque chose que nous construisons collectivement. J'ai appris qu'il ne s'agit pas de se mettre en avant et de délivrer des connaissances, mais de créer un espace où les femmes peuvent réfléchir, partager et trouver leurs propres solutions.
Cela a complètement changé ma façon de travailler. Je me concentre désormais beaucoup plus sur les approches participatives, en utilisant des images, des récits et des jeux de rôle. Ces méthodes sont particulièrement importantes dans notre contexte, où de nombreuses femmes ne savent ni lire ni écrire.
J'ai pu constater que ces approches rendent les sessions plus dynamiques et plus inclusives, et qu'elles aident les femmes à prendre confiance en elles pour exprimer leurs idées. Aujourd'hui, les femmes avec lesquelles je travaille sont plus engagées, plus disposées à parler et plus actives dans l'élaboration de leurs propres projets et initiatives.
En Guinée, certains participants étaient confrontés à des barrières linguistiques et d'autres ne savaient ni lire ni écrire. Comment avez-vous adapté le matériel d'apprentissage de la WLL pour qu'il soit accessible et compréhensible ?
En ce qui concerne la situation en Guinée, en particulier les barrières linguistiques et les problèmes d'alphabétisation, nous avons dû faire preuve d'une grande rigueur dans l'adaptation du matériel de WLL. Nous avons beaucoup travaillé avec des outils visuels, comme ce que nous avons appelé des boîtes à outils et des boîtes à idées, pour rendre le contenu plus facile à comprendre.
Au lieu de nous appuyer sur des documents écrits, nous avons utilisé des images, des symboles et des exemples pratiques tirés de leur vie quotidienne. Nous avons également pris le temps de traduire des concepts clés tels que le patriarcat, le colonialisme et le féminisme dans les langues locales telles que le Susu et le Fulani. Cela a demandé un effort supplémentaire et une préparation avant chaque module, mais c'était essentiel.
Lorsque les femmes entendent et comprennent ces concepts dans leur propre langue, elles peuvent s'y attacher beaucoup plus profondément.
Qu'avez-vous appris de cette expérience ?
Cette expérience m'a appris que l'accessibilité ne consiste pas seulement à simplifier le contenu, mais aussi à rencontrer les gens là où ils se trouvent. Cela demande de la patience, une écoute active et beaucoup de flexibilité. Vous devez être prêt à adapter votre rythme, vos méthodes et même vos attentes. La gestion du temps, par exemple, est très différente dans ces contextes, et il est important de la respecter tout en guidant le processus d'apprentissage.
Mais j'ai aussi appris quelque chose de très fort, à savoir que lorsque les femmes reçoivent les bons outils de la bonne manière, elles sont tout à fait capables de comprendre des idées complexes et de les utiliser.
Je me souviens d'une participante qui a ensuite assisté à un atelier sur le changement climatique dans une autre région. Elle a pu expliquer clairement les liens entre le patriarcat, l'extractivisme et les défis auxquels sa communauté est confrontée. Elle a même pris la parole lors d'un panel, et l'animateur de cet atelier l'a contactée plus tard pour lui dire à quel point il avait été impressionné par son niveau de compréhension et d'assurance. Pour moi, c'était un exemple très fort de l'impact de ce travail.
Dans l'ensemble, le programme WLL a transformé non seulement les femmes avec lesquelles je travaille, mais aussi moi-même. Il m'a aidée à devenir une dirigeante plus consciente, plus patiente et plus engagée. J'ai appris à passer des idées à l'action et à aider les autres à faire de même. Il s'agit d'un processus d'apprentissage continu, mais je trouve qu'il est très significatif et profondément lié aux réalités de nos communautés.
Rendre l'apprentissage accessible grâce à l'éducation populaire écoféministe
L'expérience en Guinée a montré que notre approche d'éducation populaire écoféministe devait être centrée sur les besoins des participants. À chaque étape du processus, de la conception à l'animation des différentes sessions, le matériel a dû être adapté pour permettre une participation significative des femmes que nous voulions soutenir.
En tant qu'animatrice, Laetitia a joué un rôle très important en écoutant et en s'adaptant aux expériences des participants. Cela signifie qu'elle a utilisé des méthodologies plus visuelles et interactives et qu'elle a parfois changé de rythme. L'espace d'apprentissage ne lui appartenait pas, il s'agissait plutôt d'un espace collectif où chacun pouvait apprendre des autres et contribuer au processus.
Ce faisant, WLL ne se contente pas de dénoncer les injustices du colonialisme et du patriarcat en Afrique, mais œuvre également à la création de nouvelles réalités où les femmes peuvent participer et prendre des décisions concernant leurs communautés, donnant ainsi de l'espoir aux générations à venir.
Ce blog fait partie d'un série souligner le travail des animateurs de l'éducation populaire qui ont soutenu ce cours.
