Elles venaient des forêts, des côtes, des pâturages et des terres agricoles. Au total, 45 femmes venues du Kenya, d’Ouganda, de Tanzanie et de communautés de la RDC, d’Afrique du Sud et du Zimbabwe se sont réunies à Limuru, au Kenya, à l’occasion de la « Convergence pour la justice foncière et climatique en Afrique de l’Est ». À travers des séances plénières, des discussions de groupe, des récits, des dessins et des célébrations, elles ont partagé des histoires de traumatismes, d’injustice et de désespoir. Mais elles ont également raconté des histoires de résilience, de mobilisation et de leadership dans la lutte contre la spoliation foncière et les grands projets d’exploitation minière. Chaque discussion a réaffirmé que la protection des biens communs par une gestion collective constitue une alternative puissante au modèle de développement actuel, qui enclot, détruit et spolie les populations et l’environnement.

Le rôle des systèmes de savoirs autochtones dans la protection et la gestion des terres communales a constitué un thème central tout au long de cette rencontre. Les participantes ont présenté divers exemples de pratiques de gouvernance permettant d’assurer un équilibre entre la vie humaine et la vie non humaine, de résoudre les conflits et de préserver les territoires au fil des générations.
Identifier les points communs entre les différentes luttes
Les femmes ont très clairement exposé les difficultés auxquelles elles étaient confrontées et ont pu identifier les forces qui en étaient à l’origine. Dans tous les pays représentés, les femmes ont identifié les mêmes schémas : le gouvernement attribue par décret des terres communales et d’autres ressources, les entreprises s’installent, les lois sont mal appliquées et les voix autochtones sont mises à l’écart. Dans ce processus, ce sont les femmes qui souffrent le plus. Elles souffrent doublement : elles perdent leurs terres et doivent porter le fardeau de la survie lorsque la nourriture, l’eau et la dignité disparaissent.
Les participants ont mis en évidence des problèmes au sein de leur gouvernance communautaire, qui n’accorde souvent aux femmes que peu, voire aucun contrôle sur les ressources communautaires, alors même que ce sont elles qui en sont les principales utilisatrices et les gardiennes les plus assidues. Parallèlement à la privatisation, les structures dominées par les hommes au sein des systèmes de gouvernance des biens communs continuent de porter atteinte aux droits, à l’autonomie et au leadership des femmes.
Malgré les clôtures et la violence, les communautés continuent de se soutenir mutuellement. À Namakwaland, en Afrique du Sud, Des femmes organisent des manifestations contre l'exploitation minière expropriation liée à ce projet. À Loliondo, en Tanzanie, un syndicat regroupant 50 femmes est traiter les litiges fonciers à la Cour africaine d'Arusha. Au Kenya, la Les Ogiek se sont battus pendant 17 ans devant les tribunaux nationaux jusqu’à ce que la Cour africaine ordonne le versement de réparations en 2022. Dans chacune de ces luttes emblématiques, ainsi que dans bien d’autres à travers le continent, les femmes sont au cœur des témoignages, du plaidoyer et de la résistance.

“ Protéger la terre, c’est protéger la vie ”
Cette convergence n’était pas une fin en soi. C’était un moyen de rassembler les femmes afin d’approfondir l’analyse et la compréhension des luttes pour les biens communs, ainsi que d’identifier des actions collectives. Et les femmes ont élaboré des projets : elles ont évoqué la nécessité d’une solidarité radicale à l’échelle nationale, de programmes de soutien en santé mentale pour les femmes en première ligne de la résistance, de formations au développement politique et au leadership, ainsi que d’un soutien aux actions en justice stratégiques, autant d’outils destinés à renforcer la lutte.
Si le rassemblement est terminé, la lutte, elle, continue. Comme l’a dit l’un des participants : “ Ce que nous avons peut-être découvert de plus important ici, c’est notre solidarité. Nous ne nous battons pas seulement pour la terre. Nous nous battons pour un mode de vie où personne n’est laissé pour compte. ”
Car, comme nous l’ont rappelé les femmes de Turkana : “ Pas de terre, pas de vie. Protéger la terre, c’est protéger la vie. ”

Les illustrations présentées tout au long de cet article ont été réalisées en collaboration avec l’artiste kenyane MariaStella Kamuti. Chacune d’entre elles offre une représentation visuelle des échanges essentiels et du partage de connaissances qui ont eu lieu quotidiennement tout au long de cette rencontre. Elles constituent également d’importants outils d’éducation populaire qui nous aident à développer et à étendre notre domaine d’action consacré aux « biens communs fonciers » et à la « prise en charge » en Afrique de l’Est et sur l’ensemble du continent.
