{"id":57653,"date":"2024-10-31T07:22:24","date_gmt":"2024-10-31T05:22:24","guid":{"rendered":"http:\/\/womin.africa\/african-women-enough-afdbs-neo-colonial-development\/"},"modified":"2025-06-19T14:43:00","modified_gmt":"2025-06-19T12:43:00","slug":"assez-de-femmes-africaines-afdbs-developpement-neo-colonial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/womin.africa\/fr\/african-women-enough-afdbs-neo-colonial-development\/","title":{"rendered":"Les femmes africaines disent \"\u00e7a suffit\" au mod\u00e8le de d\u00e9veloppement n\u00e9ocolonial de la BAD"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, la Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) a augment\u00e9 ses investissements dans les infrastructures et les projets \u00e0 grande \u00e9chelle afin d'\"am\u00e9liorer\" les conditions de vie des Africains. La r\u00e9alit\u00e9 de nombreuses communaut\u00e9s \u00e0 travers le continent est bien diff\u00e9rente. Les femmes et leurs communaut\u00e9s luttent contre le mod\u00e8le de mal-d\u00e9veloppement de la BAD, qui est de nature capitaliste, n\u00e9ocoloniale et n\u00e9olib\u00e9rale. Elles se l\u00e8vent pour dire NON \u00e0 un \"d\u00e9veloppement\" ax\u00e9 sur le profit, qui leur porte pr\u00e9judice et nuit \u00e0 leurs moyens de subsistance, les d\u00e9pouille de leurs richesses communes et d\u00e9truit la nature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors d'une r\u00e9cente \u00e9cole d'\u00e9ducation politique \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d'Ivoire, des activistes de toute l'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont r\u00e9unis pour tracer la voie vers de v\u00e9ritables alternatives et r\u00e9parations. Du 9 au 14 septembre 2024, plus de quarante militantes et dirigeantes communautaires de sept pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont r\u00e9unies \u00e0 l'\u00c9cole populaire des femmes africaines pour la justice \u00e9conomique et le d\u00e9veloppement \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d'Ivoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce processus f\u00e9ministe d'\u00e9ducation populaire et d'apprentissage sur le d\u00e9veloppement et l'espace de justice \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par JVE-C\u00f4te d'Ivoire et facilit\u00e9 par WoMin African Alliance. Il s'agissait d'un espace critique pour les femmes qui luttent contre la BAD et d'autres projets de mal-d\u00e9veloppement afin d'\u00e9changer des strat\u00e9gies, des analyses et de construire une solidarit\u00e9 \u00e0 travers leurs luttes. Les participantes ont partag\u00e9 leurs propres exp\u00e9riences des politiques n\u00e9olib\u00e9rales impos\u00e9es par les institutions financi\u00e8res internationales (IFI), y compris la BAD, et les multinationales qui mettent en \u0153uvre des m\u00e9gaprojets de \"d\u00e9veloppement\", qui sapent le bien-\u00eatre des communaut\u00e9s et leur droit \u00e0 d\u00e9terminer leurs propres alternatives \u00e0 un tel \"mald\u00e9veloppement\". Ensemble, ils ont explor\u00e9 les co\u00fbts support\u00e9s par les femmes et leurs communaut\u00e9s, \u00e0 la fois dans leurs corps et leurs territoires, ainsi que la responsabilit\u00e9 de ces impacts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><b>Le financement de la BAD est un \u00e9l\u00e9phant blanc, surtout pour les femmes africaines<\/b><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les projets dits de \"d\u00e9veloppement\" soutenus par la BAD - tels que l'agro-industrie, les barrages hydro\u00e9lectriques et autres m\u00e9ga-infrastructures - sont presque toujours au service du profit, et non des populations. Pour les communaut\u00e9s africaines, les co\u00fbts \u00e9cologiques, sociaux, \u00e9conomiques et culturels n'en valent pas la peine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la r\u00e9gion de S\u00e9gou au Mali, les femmes de la communaut\u00e9 de Sanamadougou ont perdu l'acc\u00e8s \u00e0 leurs terres agricoles et leur communaut\u00e9 est confin\u00e9e dans une zone qui ne leur permet pas de mener leurs activit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales et culturelles. Pour emp\u00eacher les communaut\u00e9s d'acc\u00e9der \u00e0 leurs terres agricoles, la soci\u00e9t\u00e9 Moulins Modernes du Mali a construit un canal sans consultation ni consentement. Parrain\u00e9e par la BAD, Moulins Modernes a accapar\u00e9 et occupe ill\u00e9galement plus de 800 hectares de terres communautaires.  Les femmes des communaut\u00e9s ont t\u00e9moign\u00e9 que plusieurs personnes sont mortes en essayant de traverser le canal pour acc\u00e9der \u00e0 leurs terres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La perte des moyens de subsistance engendr\u00e9e par cet accaparement des terres dans les communaut\u00e9s de Sanamadougou a \u00e9t\u00e9, et continue d'\u00eatre, la source de profonds bouleversements au sein de la communaut\u00e9. Beaucoup ont perdu leurs terres agricoles, ce qui a aggrav\u00e9 les niveaux de pauvret\u00e9 et de faim. Les jeunes ont commenc\u00e9 \u00e0 migrer vers les zones urbaines \u00e0 la recherche d'emplois d\u00e9cents. L'environnement a \u00e9t\u00e9 gravement d\u00e9truit. Les femmes, qui s'occupent des enfants et assument les responsabilit\u00e9s de la reproduction sociale, ne sont plus en mesure de subvenir aux besoins de leur famille, ce qui plonge la communaut\u00e9 dans la pr\u00e9carit\u00e9 et la mis\u00e8re. Elles portent dans leur corps et sur leur territoire les cicatrices de ce que le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement dominant impose : maladies, pressions psychologiques, pauvret\u00e9, etc.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette m\u00eame entreprise a install\u00e9 une unit\u00e9 de production industrielle dans une zone urbaine situ\u00e9e \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Sanamadougou, g\u00e9n\u00e9rant des probl\u00e8mes de bruit et de sant\u00e9 pour les communaut\u00e9s voisines, ainsi que des probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 pour les femmes vivant \u00e0 proximit\u00e9 de l'usine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L'histoire de Sanamadougou se r\u00e9p\u00e8te dans des centaines de communaut\u00e9s \u00e0 travers le continent. Ce mod\u00e8le de d\u00e9veloppement n\u00e9ocolonial, impos\u00e9 par les multinationales, les banques publiques de d\u00e9veloppement (BDP) comme la BAD, les gouvernements et leurs alli\u00e9s, prend en otage les \u00e9conomies et les \u00c9tats africains et aggrave le fardeau de la dette qui p\u00e8se sur les femmes et la nature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ironiquement, la BAD, comme d'autres IFI et BPD, a d\u00e9velopp\u00e9 des politiques et des mesures de sauvegarde, dont une sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9e au genre, qui sont cens\u00e9es servir de lignes directrices pour le financement de la banque et la mise en \u0153uvre des projets. Pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 pour les communaut\u00e9s est diff\u00e9rente. Ni la BAD ni ses clients, y compris les gouvernements et les multinationales, ne sont tenus responsables de leurs projets et de leur impact sur les populations, la nature et les g\u00e9n\u00e9rations futures. Pour de nombreuses femmes africaines et leurs communaut\u00e9s, trop c'est trop ! Elles se demandent comment une banque \"africaine\" peut \u00eatre aussi indiff\u00e9rente aux cons\u00e9quences r\u00e9elles du d\u00e9veloppement qu'elle finance sur la vie des populations africaines. Pourquoi cette institution finance-t-elle un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui ne sert pas les int\u00e9r\u00eats des populations ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sagesse et la r\u00e9silience des femmes en premi\u00e8re ligne face \u00e0 ces projets destructeurs sont ind\u00e9niables. Gr\u00e2ce \u00e0 leur organisation, elles ont dress\u00e9 des piquets de gr\u00e8ve et ferm\u00e9 des routes pendant trois jours, en coordonnant avec la communaut\u00e9 la logistique relative \u00e0 la nourriture et \u00e0 l'eau ; elles ont mobilis\u00e9 des manifestations avec 400 femmes et enfants marchant jusqu'\u00e0 la ville voisine ; elles ont mis en sc\u00e8ne des vid\u00e9os pour les m\u00e9dias sociaux ; et elles ont \u00e9labor\u00e9 des strat\u00e9gies avec les jeunes de leurs communaut\u00e9s en comprenant l'importance d'inclure leur vitalit\u00e9 et leur expertise avec les smartphones.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 des pressions souvent \u00e9crasantes et \u00e0 l'\u00e9tiquette de \"fauteurs de troubles\", elles ont tenu bon. Apr\u00e8s une semaine de discussions approfondies, d'apprentissage, de partage d'histoires de r\u00e9sistance et de solidarit\u00e9, les femmes ont \u00e9labor\u00e9 une feuille de route pour une campagne de r\u00e9parations de la BAD et ont \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9es \u00e0 poursuivre leur travail d'organisation. \"Nous n'avons jamais cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des probl\u00e8mes\", a d\u00e9clar\u00e9 l'une des participantes. \"Les probl\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s et nous n'avons pas le luxe de rester les bras crois\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, la Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) a augment\u00e9 ses investissements dans les infrastructures et les projets \u00e0 grande \u00e9chelle afin d'\"am\u00e9liorer\" les conditions de vie des Africains. 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Elle est passionn\u00e9e par la documentation des initiatives de justice sociale sur le terrain. Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, son activisme l'a amen\u00e9e \u00e0 travailler de plus en plus en tant que photographe et interpr\u00e8te pour soutenir la construction de mouvements progressistes. Marta est titulaire d'une licence et d'une ma\u00eetrise en sciences politiques et en relations internationales, qui l'ont pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 la recherche et \u00e0 la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats des institutions multilat\u00e9rales internationales.\r\n\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<div class=\"jet-popup__close-button\"><\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>\r\n<\/div>"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57653"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57653\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59611,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57653\/revisions\/59611"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57653"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=57653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}