{"id":57583,"date":"2024-05-29T17:53:32","date_gmt":"2024-05-29T15:53:32","guid":{"rendered":"http:\/\/womin.africa\/we-are-nature-and-nature-is-us-biodiversity-africa\/"},"modified":"2025-06-17T16:19:39","modified_gmt":"2025-06-17T14:19:39","slug":"nous-sommes-la-nature-et-la-nature-est-nous-biodiversite-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/womin.africa\/fr\/we-are-nature-and-nature-is-us-biodiversity-africa\/","title":{"rendered":"Nous sommes la nature et la nature est nous"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">L'Afrique abrite une biodiversit\u00e9 et des \u00e9cosyst\u00e8mes extraordinaires, avec une gamme vari\u00e9e d'habitats, de la deuxi\u00e8me plus grande for\u00eat tropicale du monde dans le bassin du Congo au d\u00e9sert du Sahara, en passant par ses grandes cha\u00eenes de montagnes, ses rivi\u00e8res et ses mers. Elle abrite \u00e9galement une abondance d'esp\u00e8ces animales, toutes essentielles au bien-\u00eatre de la plan\u00e8te, et les efforts pour la pr\u00e9server n'ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi importants. La plupart de ces zones sont pr\u00e9serv\u00e9es depuis des si\u00e8cles gr\u00e2ce aux communaut\u00e9s qui y vivent et en sont les gardiennes. Pour elles, ces \u00e9cosyst\u00e8mes sont au c\u0153ur de leur identit\u00e9, de leur production et de leur pr\u00e9servation gr\u00e2ce \u00e0 des syst\u00e8mes de gouvernance collective guid\u00e9s par des coutumes et des rituels traditionnels. \u00c0 l'occasion de la Journ\u00e9e internationale de la biodiversit\u00e9 et de la Journ\u00e9e de l'Afrique en mai, nous devons continuer \u00e0 pr\u00e9server notre patrimoine naturel et \u00e0 nous prot\u00e9ger contre la perte de biodiversit\u00e9 due \u00e0 la surexploitation, \u00e0 l'installation de l'homme et \u00e0 la crise climatique croissante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition progressive de la biodiversit\u00e9 due aux plantations industrielles, \u00e0 l'exploitation mini\u00e8re et \u00e0 d'autres activit\u00e9s extractives, ainsi qu'au changement climatique, a aggrav\u00e9 la d\u00e9possession des terres sur l'ensemble du continent. En outre, la cr\u00e9ation de zones prot\u00e9g\u00e9es telles que les r\u00e9serves naturelles, les parcs nationaux et, plus r\u00e9cemment, les r\u00e9serves foresti\u00e8res pour les march\u00e9s du carbone afin de \"sauver la plan\u00e8te\" de la catastrophe climatique, n'a pas seulement entra\u00een\u00e9 la perte de terres et de plans d'eau, mais aussi et surtout la perte d'un mode de vie, d'une culture et d'identit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les Baka de la for\u00eat tropicale congolaise, la for\u00eat est un \u00e9l\u00e9ment essentiel de leur identit\u00e9, repr\u00e9sentant leur culture, leur maison et leur histoire en tant que peuple. Michel Zamoutou, un Baka de 74 ans, a d\u00e9clar\u00e9 : \"Les Baka ont toujours prot\u00e9g\u00e9 la for\u00eat. Nous ne d\u00e9truisons pas les arbres, nous ne prenons que la s\u00e8ve, l'\u00e9corce et les feuilles. Nous ne tuons pas les animaux, sauf ceux que nous mangeons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L'h\u00e9ritage colonial de la conservation<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la p\u00e9riode coloniale, lorsque les \u00e9lites imp\u00e9riales ont commenc\u00e9 \u00e0 s'int\u00e9resser \u00e0 la \"nature sauvage\", les zones prot\u00e9g\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies comme des zones sans humains, par le biais de d\u00e9placements massifs et militaris\u00e9s des communaut\u00e9s locales. \u00c0 l'\u00e9poque, comme aujourd'hui, la conservation reposait sur une s\u00e9paration entre l'homme et la nature. Par opposition \u00e0 la relation harmonieuse qui caract\u00e9risait le mode de vie de la plupart des populations indig\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les communaut\u00e9s africaines ont \u00e9t\u00e9 capables de maintenir un mode d'existence d\u00e9mocratique dans la nature, en c\u00e9l\u00e9brant la vie humaine et non humaine et en reconnaissant la diversit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 un environnement sain. M\u00eame avant que des termes tels que \"conservation\" ou \"durabilit\u00e9\" ne soient invent\u00e9s par la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement dominant, les peuples indig\u00e8nes, par leurs exp\u00e9riences et pratiques v\u00e9cues, ont compris l'importance d'un syst\u00e8me bien int\u00e9gr\u00e9 pour r\u00e9gir toutes les formes de vie, par le biais d'une n\u00e9gociation continue sur ce qui est permis, ce qui est pr\u00e9judiciable \u00e0 la vie et la mani\u00e8re dont ces d\u00e9cisions sont prises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cadre de la <a href=\"https:\/\/globaltapestryofalternatives.org\/introduction\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Une mosa\u00efque mondiale d'alternatives<\/a> (GTA), une initiative visant \u00e0 cr\u00e9er des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 et des alliances strat\u00e9giques entre les alternatives aux niveaux local, r\u00e9gional et mondial, le WoMin s'est rendu au Kenya en ao\u00fbt 2023 pour l'Assembl\u00e9e de la GTA afin d'apprendre et de partager des id\u00e9es, des exp\u00e9riences et des visions \u00e0 un niveau plus approfondi. L\u00e0, une modeste initiative de conservation a donn\u00e9 un aper\u00e7u d'une nouvelle approche de la conservation guid\u00e9e par les principes de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re commune. Le II Ngwesi Community Conservancy, bien qu'il ne poss\u00e8de pas toutes les solutions, pr\u00e9sente un mod\u00e8le transitoire potentiel qui incarne une approche plus d\u00e9mocratique des efforts de conservation, en incorporant les pratiques de gestion indig\u00e8nes africaines.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le cas de la r\u00e9serve communautaire de II Ngwesi<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">II Ngwesi est la premi\u00e8re r\u00e9serve communautaire d'Afrique, fond\u00e9e en 1995 au Kenya. Elle appartient \u00e0 une communaut\u00e9 d'\u00e9leveurs masa\u00ef et se compose essentiellement de savanes semi-arides et arides, avec une faune riche comprenant des rhinoc\u00e9ros, des \u00e9l\u00e9phants, des z\u00e8bres et de nombreux oiseaux, entre autres animaux. <a href=\"https:\/\/ilngwesi.com\/content\/visit\/2016\/04\/04\/the-il-ngwesi-story\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La zone de conservation de 16 500 hectares<\/a> est divis\u00e9e en blocs, dont certains sont destin\u00e9s \u00e0 l'habitation, d'autres \u00e0 la faune sauvage, d'autres encore aux p\u00e2turages et d'autres enfin au tourisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les terres appartiennent \u00e0 la communaut\u00e9 et sont transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Elle est g\u00e9r\u00e9e par un conseil responsable devant l'assembl\u00e9e, repr\u00e9sentant sept villages. C'est l'Assembl\u00e9e qui prend les d\u00e9cisions pour le bien-\u00eatre de tous les \u00eatres vivants de la terre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\"Autrefois, il n'y avait pas de conservation. Avant les politiques gouvernementales, tous les animaux \u00e9taient de la nourriture. Certains animaux, comme les \u00e9l\u00e9phants, \u00e9taient hostiles et la communaut\u00e9 avait l'habitude de les tuer et de les manger. Mais aujourd'hui, nous avons appris \u00e0 vivre avec ces animaux\". - <\/em>membre de la communaut\u00e9 locale<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis sa cr\u00e9ation, la conservation communautaire d'Il Ngwesi a pu <a href=\"https:\/\/www.cbd.int\/traditional\/nature-culture\/Panel1_Il_Ngwesi_group_ranch_Reisa_Kaso.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">construire des \u00e9coles et des h\u00f4pitaux et approvisionner en eau les 7 villages<\/a>. Cet effort n'a pas \u00e9t\u00e9 sans difficult\u00e9s : des conflits avec les communaut\u00e9s voisines en raison de ressources limit\u00e9es (terres pour le p\u00e2turage et plans d'eau en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse) se sont produits dans le pass\u00e9, et la participation des femmes est limit\u00e9e, bien qu'elle s'am\u00e9liore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que cette zone de conservation dirig\u00e9e par la communaut\u00e9 d\u00e9pende encore fortement des revenus du tourisme provenant principalement des \u00e9lites europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines, elle repose sur le principe suivant : \"La protection de l'environnement est un droit fondamental de l'homme\".&nbsp;<a title=\"l&#039;interconnexion de la vie humaine et non humaine\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/27143332\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l'interconnexion de la vie humaine et non humaine<\/a>&nbsp;remettre en question les fronti\u00e8res coloniales entre l'homme et la nature. Sa structure de gouvernance permet un dialogue permanent en vue d'une prise de d\u00e9cision collective, conform\u00e9ment \u00e0 l'h\u00e9ritage socioculturel masa\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une approche \u00e9cof\u00e9ministe africaine de la conservation<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une perspective \u00e9cof\u00e9ministe africaine, le II Ngwesi Community Conservancy repr\u00e9sente une discontinuit\u00e9 par rapport \u00e0 la tradition coloniale de d\u00e9possession des terres et d'extractivisme, qui donne souvent la priorit\u00e9 au profit, \u00e0 l'exploitation et \u00e0 l'effacement des cultures. Elle souligne l'importance de la conservation de l'environnement et de la justice sociale. Nous ne pouvons pas prot\u00e9ger les \u00e9cosyst\u00e8mes et la faune sans nous attaquer aux causes profondes de la d\u00e9gradation de l'environnement : le capitalisme, le colonialisme et le patriarcat, ni sans prot\u00e9ger les gardiens l\u00e9gitimes des territoires que nous pr\u00e9tendons pr\u00e9server.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cette Journ\u00e9e de l'Afrique, reconnaissons les connaissances \u00e9cologiques traditionnelles des femmes et des communaut\u00e9s autochtones. Leur mode de vie est une invitation \u00e0 la gestion de l'environnement qui reconna\u00eet notre lien inh\u00e9rent avec les \u00e9cosyst\u00e8mes qui nous soutiennent. Qu'il s'agisse des Baka au Congo ou des Maasai au Kenya, les communaut\u00e9s autochtones comprennent que nous ne sommes pas s\u00e9par\u00e9s de la nature mais que nous en faisons partie int\u00e9grante et que notre relation doit \u00eatre guid\u00e9e par des principes de respect, de protection de notre patrimoine naturel et de garantie d'une plan\u00e8te saine pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La disparition progressive de la biodiversit\u00e9 due aux plantations industrielles, \u00e0 l'exploitation mini\u00e8re et \u00e0 d'autres activit\u00e9s extractives, ainsi qu'au changement climatique, a aggrav\u00e9 la d\u00e9possession des terres sur l'ensemble du continent.<\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":57592,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[161,153],"tags":[107,108],"ppma_author":[216],"class_list":["post-57583","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-development-alternatives-2","category-latest-news-media","tag-community-conservancy","tag-kenya"],"authors":[{"term_id":216,"user_id":8,"is_guest":0,"slug":"eliana-nzualo","display_name":"Eliana N\u2019Zualo","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/18a1cf230435570b28b881d7ca0791f63b2ccd3fd382bb0abd898240a6b1297a?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Eliana","last_name":"N\u2019Zualo","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57583","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57583"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57583\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59509,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57583\/revisions\/59509"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57592"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57583"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=57583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}