{"id":57544,"date":"2024-03-08T12:43:31","date_gmt":"2024-03-08T10:43:31","guid":{"rendered":"http:\/\/womin.africa\/the-sea-ate-my-house-essay\/"},"modified":"2025-06-12T10:43:14","modified_gmt":"2025-06-12T08:43:14","slug":"la-mer-a-mange-ma-maison-essai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/womin.africa\/fr\/the-sea-ate-my-house-essay\/","title":{"rendered":"\"La mer a mang\u00e9 ma maison\" - Qui en supporte le co\u00fbt ?"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"wp-block-heading\">\"La mer a mang\u00e9 ma maison\" - Qui en supporte le co\u00fbt ?<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je parle \u00e0 une S\u00e9n\u00e9galaise de Bargny. Elle me raconte,&nbsp;<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">La mer a mang\u00e9 ma maison&nbsp;<\/i><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>La mer a mang\u00e9 votre maison ?<\/i><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>La mer a mang\u00e9 ma maison\".<\/i>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle le dit avec un visage \u00e0 moiti\u00e9 cass\u00e9 par endroits, les yeux pleins de sel, et donc, on le devine, elle ne ment pas. A Bargny, la mer mange les maisons qui s'accrochent au bord du rivage. Elle me raconte qu'une nuit, elle s'est endormie et qu'\u00e0 son r\u00e9veil, les vagues de sel l\u00e9chaient les petites marches du c\u00f4t\u00e9 est de sa cabane. Le poisson - qu'elle passe la plupart de ses journ\u00e9es \u00e0 nettoyer, \u00e0 tremper dans la saumure, \u00e0 \u00e9taler sur des nattes tiss\u00e9es au soleil de midi jusqu'\u00e0 ce que la peau brillante se ride et devienne du cuir dur - lui grignotait les orteils lorsqu'elle sortait pour \u00e9tendre son linge. Ils se sont d\u00e9plac\u00e9s vers l'int\u00e9rieur des terres, mais l'eau les a suivis.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il les suit toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une femme de Bombor\u00e9 vous raconte qu'une arm\u00e9e de g\u00e9ants d'acier poli est venue dans son village et a creus\u00e9 de longues et droites blessures dans la terre pour y trouver de l'or et tout ce qu'elle pouvait voler. Aujourd'hui, il n'y a plus que du sable rouge, des arbres morts, des terres qui ne poussent plus, des rivi\u00e8res vides et des gens affam\u00e9s. \u00c0 Somkhele, une femme d\u00e9crit comment l'eau de leurs rivi\u00e8res est devenue noire.&nbsp;<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">De la laverie de charbon, en bas de la rue,''.<\/i> dit-elle. Les murs de leurs huttes sont stri\u00e9s de profondes rainures, du sol en terre battue au plafond en chaume. Ils se fissurent et se d\u00e9tachent comme la topographie fluviale d'une carte vue de loin. Les explosions quotidiennes de la mine de charbon situ\u00e9e en contrebas en sont la cause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>Que fait la communaut\u00e9 ?<\/i>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C'est une question stupide, mais vous la posez quand m\u00eame parce que c'est ce pour quoi vous \u00eates pay\u00e9s lorsque vous recueillez ces informations.&nbsp;<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Nous le buvons.&nbsp;&nbsp;<\/i>Elle vous regarde comme si vous \u00e9tiez un enfant ou un imb\u00e9cile, et vous ne pouvez m\u00eame pas en \u00eatre f\u00e2ch\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils boivent cette eau, elle leur empoisonne le ventre. Ils s'y lavent, elle leur apporte des furoncles canc\u00e9reux. Ils arrosent leurs plantes avec, elles meurent. Ils nettoient avec cette eau, elle salit tout. C'est la vie ici. Avec ses yeux de cristal fissur\u00e9s, elle vous dit : ''...<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Cette terre ne sera plus jamais belle\".&nbsp;<\/i><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l'ombre de l'un des plus grands barrages hydro\u00e9lectriques d'Afrique - celui qui \u00e9tait cens\u00e9 '<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">illuminer le continent\", <\/i>se vante l'homme d'affaires bedonnant aux dents ac\u00e9r\u00e9es et aux yeux durs. Sans aucun doute, il souriait aux accords de troc de vies et de terres avec les banques d'Europe et d'Am\u00e9rique du Nord dans le cadre de la poursuite du \"d\u00e9veloppement\". Mais les femmes vous parlent des familles qui vivent dans l'obscurit\u00e9 en regardant les pyl\u00f4nes hauts comme le ciel qui transportent l'\u00e9lectricit\u00e9 fabriqu\u00e9e sur leurs terres, sur leurs rivi\u00e8res, sur leur dos, vers les grandes villes lointaines. Au Katanga, o\u00f9 des enfants de cinq ans \u00e0 peine extraient le cuivre, le cobalt, l'uranium, le diamant et le radium du sol et meurent avec. Ou bien ce sont des fusils dans les mains des soldats. \u00c0 Kinshasa, la capitale. Et m\u00eame jusqu'\u00e0 Johannesburg, la ville de l'or.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les femmes racontent leurs d\u00e9cennies d'histoires et de vie difficile.&nbsp;<i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Imaginez un peu. Nous, ici, dans notre village o\u00f9 l'\u00e9lectricit\u00e9 est fabriqu\u00e9e, nous&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">vivent dans l'obscurit\u00e9. Mais ils peuvent transporter cette puissance jusqu'au sud de l'Europe.&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">L'Afrique ?&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Pourquoi ?<\/i><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout au fond de Mponeng, aussi pr\u00e8s du c\u0153ur de la terre que l'on puisse l'\u00eatre sans mourir, des hommes parlant une cacophonie de langues se glissent dans des trous si profonds qu'ils en oublient le soleil. Leur peau devient transparente et crayeuse, des veines bordent leurs bras filiformes, tandis qu'ils travaillent, et travaillent, et travaillent, et travaillent, et travaillent, et travaillent, et travaillent - pour une valeur d'environ une phalange d'or. Cet or est vendu au patron. Celui-ci le vend \u00e0 un autre patron. \u00c0 un n\u00e9gociant. \u00c0 un courtier. Au pr\u00e9sident. \u00c0 un autre courtier. \u00c0 une banque de Duba\u00ef. Et ainsi de suite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Port Harcourt et dans les villages qui s'\u00e9tendent autour, des parcelles de terre sont en feu depuis des ann\u00e9es. Des d\u00e9cennies. Les mar\u00e9es noires ont tout recouvert de goudron noir. L'air tremble, une \u00e9paisse fum\u00e9e enveloppe tout, et elle vous colle aussi \u00e0 la peau. Votre peau. Vos cheveux. \u00c0 la fin de la journ\u00e9e, vos v\u00eatements sont recouverts d'une pellicule grise et terne qui ne se lave jamais tout \u00e0 fait dans les mois qui suivent. Vous prenez note de ne plus jamais porter de blanc lorsque vous visiterez l'Ogoniland.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le vieux bus d\u00e9labr\u00e9 qui nous balade pour la \"visite du site\", un soldat arm\u00e9 est post\u00e9 \u00e0 l'avant par le chauffeur, et un autre \u00e0 l'arri\u00e8re, qui regarde par la fen\u00eatre pour d\u00e9celer le moindre signe de menace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>Les enl\u00e8vements sont fr\u00e9quents ici, <\/i>une femme vous dit<i>.&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Pourquoi ? Les gens sont pauvres. En col\u00e8re. S'ils voient une de ces ONG \u00e9trang\u00e8res&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Les groupes d'experts se d\u00e9placent en voiture et posent des questions avec leurs appareils photo brillants,&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">ils peuvent penser que vous avez de l'argent, alors ils vous kidnappent, demandent une ran\u00e7on&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">paiement. Parfois, ils vous tuent tout simplement...\".&nbsp;<\/i><i style=\"font-size: 18px; color: var( --e-global-color-text );\">Mais nous sommes dans la partie la plus riche du pays, n'est-ce pas ?<\/i>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous repensez au dossier de recherche que vous avez lu tout \u00e0 l'heure. Il vous disait que 98% de la richesse d'exportation du Nigeria provenait du p\u00e9trole extrait de l'Ogoniland. Mais personne ici - \u00e0 part les \u00e9lites locales - ne voit cet argent. Les vrais gagnants sont des noms familiers : Shell et British Petroleum, et les entreprises locales dont les noms sont affich\u00e9s sur les fa\u00e7ades de leurs b\u00e2timents et dont les conseils d'administration comptent des repr\u00e9sentants de Shell et de British Petroleum.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>Oh<\/i>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>Oh.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><i>Oh.<\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une br\u00e8ve r\u00e9flexion sur les luttes des femmes et des communaut\u00e9s contre la catastrophe climatique et l'extractivisme en Afrique<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":57545,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[161,153],"tags":[88,89],"ppma_author":[209],"class_list":["post-57544","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-development-alternatives-2","category-latest-news-media","tag-international-womens-day","tag-the-sea-ate-my-home"],"authors":[{"term_id":209,"user_id":4,"is_guest":0,"slug":"margaret","display_name":"Maggie Mapondera","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/1fb278949716d65428cddd08f4396e40c17675ddc107c3e03c88d47624e661e8?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Maggie","last_name":"Mapondera","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57544","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57544"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57544\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59287,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57544\/revisions\/59287"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57545"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57544"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57544"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57544"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=57544"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}