{"id":57477,"date":"2023-05-24T14:31:41","date_gmt":"2023-05-24T12:31:41","guid":{"rendered":"http:\/\/womin.africa\/women-resisting-african-development-bank-projects-demand-reparations\/"},"modified":"2025-06-26T16:12:42","modified_gmt":"2025-06-26T14:12:42","slug":"les-femmes-qui-resistent-aux-projets-de-la-banque-africaine-de-developpement-exigent-des-reparations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/womin.africa\/fr\/women-resisting-african-development-bank-projects-demand-reparations\/","title":{"rendered":"Les femmes qui r\u00e9sistent aux projets de la Banque africaine de d\u00e9veloppement exigent des r\u00e9parations"},"content":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\"Mes enfants et moi n'avons nulle part o\u00f9 dormir. Notre maison a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par un vent violent provenant du barrage\".<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est la complainte d'une femme de Batchenga, au Cameroun. Elle n'est que l'un des nombreux membres de la communaut\u00e9 touch\u00e9s par la construction du barrage hydro\u00e9lectrique Nachtigal de 420 MW sur le fleuve Sanaga, financ\u00e9 par la Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) et d'autres institutions financi\u00e8res internationales (IFI). Comme les habitants de Batchenga, de nombreuses autres communaut\u00e9s en Afrique souffrent depuis plusieurs d\u00e9cennies des effets d\u00e9sastreux des projets financ\u00e9s par la BAD. Les cons\u00e9quences des projets de \"d\u00e9veloppement\" financ\u00e9s par la Banque africaine de d\u00e9veloppement sont flagrantes, tandis que la souffrance des personnes touch\u00e9es se poursuit. Les femmes et leurs communaut\u00e9s s'organisent pour dire NON au lourd tribut des projets impos\u00e9s par la BAD qui perp\u00e9tuent un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement capitaliste et n\u00e9ocolonial pour l'Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/fileadmin\/uploads\/afdb\/Documents\/Legal-Documents\/Agreement_establishing_the_African_development_bank_-_2016_edition.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">dispositions l\u00e9gales<\/a> sur lesquelles la Banque africaine de d\u00e9veloppement a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e d\u00e9montrent que la BAD adh\u00e8re \u00e0 la Charte universelle des droits de l'homme et \u00e0 la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Cela implique que tous ses processus et m\u00e9canismes doivent respecter les dispositions de ces d\u00e9clarations, non seulement dans leur formulation, mais surtout dans leur mise en \u0153uvre sur le terrain. Le fait que la BAD ne le fasse pas et ne respecte pas ses engagements devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une violation de ses obligations. Cette violation devrait \u00e9galement signifier que les femmes et les communaut\u00e9s qui subissent les effets n\u00e9fastes des projets financ\u00e9s par la BAD ont droit \u00e0 des r\u00e9parations et \u00e0 une compensation \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Construire une campagne ciblant la BAD<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">WoMin African Alliance et ses partenaires, la Coalition pour l'abolition de la dette ill\u00e9gitime (CADTM) Afrique, Lumiere Synergie pour le d\u00e9veloppement (LSD) et le Centre du commerce international pour le d\u00e9veloppement (CECIDE), ont organis\u00e9 une r\u00e9union avec 60 femmes et activistes communautaires afin d'\u00e9laborer une campagne de r\u00e9paration \u00e0 l'intention de la BAD.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenue en Guin\u00e9e Conakry, la r\u00e9union a rassembl\u00e9 des femmes des communaut\u00e9s locales de Damouya, Kansa, Woleah, Bangouyah, Balayah et Tahire, qui sont toutes fortement touch\u00e9es par le projet \u00e9nerg\u00e9tique OMVG financ\u00e9 par la BAD. En outre, la convergence a rassembl\u00e9 des participants de 11 autres pays d'Afrique occidentale et centrale, \u00e0 savoir le Mali, le S\u00e9n\u00e9gal, la C\u00f4te d'Ivoire, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Gabon, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Ghana.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les participants ont fait part de leur exp\u00e9rience des d\u00e9placements forc\u00e9s et de la perte de terres agricoles, rendant impossible la poursuite des activit\u00e9s de subsistance. Les communaut\u00e9s luttent \u00e9galement pour obtenir des compensations justes et ad\u00e9quates. La r\u00e9union a \u00e9t\u00e9 une occasion vitale pour les femmes d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale de se solidariser avec leurs s\u0153urs guin\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>T\u00e9moignages d'impacts<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 donner une voix aux communaut\u00e9s touch\u00e9es par les projets financ\u00e9s par la BAD. Ceux qui sont en premi\u00e8re ligne et qui subissent de plein fouet les effets n\u00e9gatifs des m\u00e9gaprojets de d\u00e9veloppement ont partag\u00e9 des exp\u00e9riences similaires. Les femmes ont t\u00e9moign\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes auxquelles elles et leurs communaut\u00e9s sont confront\u00e9es et de la mani\u00e8re dont elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leurs moyens de subsistance. Dans la plupart des cas, elles ont perdu leurs terres, qu'elles utilisaient pour l'agriculture. Carine Tsimba Mouity, du Gabon, a d\u00e9clar\u00e9 : \"Le projet de palmiers \u00e0 huile GRAINE, financ\u00e9 par la BAD au Gabon, prive les communaut\u00e9s Ferra et Ndende de leur droit l\u00e9gitime de se d\u00e9placer librement et d'utiliser leurs terres pour la production alimentaire\".<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les femmes et leurs communaut\u00e9s n'ont \u00e9galement plus d'espace pour pratiquer les activit\u00e9s \u00e9conomiques qui leur garantissaient un revenu minimum pour prendre soin d'elles-m\u00eames et de leurs familles. La pisciculture, le mara\u00eechage, l'exploitation de carri\u00e8res de sable, la restauration et bien d'autres activit\u00e9s n'existent plus pour elles. Ainsi, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leurs terres et sans aucune source de revenus ni possibilit\u00e9 d'exercer une activit\u00e9 \u00e9conomique, les femmes sont inqui\u00e8tes pour l'avenir de leurs familles et de leurs communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que des compensations aient \u00e9t\u00e9 accord\u00e9es \u00e0 certaines communaut\u00e9s - comme dans le cas de Taboth et Akrou en C\u00f4te d'Ivoire ou de Batchenga au Cameroun - il convient de noter que les processus de consultation et de recensement qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le versement de ces compensations ont \u00e9t\u00e9 biais\u00e9s \u00e0 bien des \u00e9gards, notamment en raison de consultations inad\u00e9quates avec les communaut\u00e9s et de l'absence de prise en compte de leurs pr\u00e9occupations. Les m\u00e9thodes de calcul de la base d'indemnisation ont souvent manqu\u00e9 de clart\u00e9. Certains membres de la communaut\u00e9 n'ont pas \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie des personnes touch\u00e9es par les projets et n'ont donc pas re\u00e7u de compensation ad\u00e9quate. En raison des d\u00e9placements forc\u00e9s, nombre de ces communaut\u00e9s ont \u00e9galement perdu le lien avec leurs traditions socioculturelles et leur mode de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le village de Ndokoa, au Cameroun, une praticienne traditionnelle qui vivait sur les rives du fleuve Sanaga a fait part de son m\u00e9contentement quant \u00e0 sa r\u00e9installation. Elle n'a jamais \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e pour le choix du site ni pour le plan de construction de sa nouvelle maison. Sa maison, qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e par la Nachtigal Hydropower Company, laisse passer l'eau de pluie par le toit. La source d'eau la plus proche est souvent ass\u00e9ch\u00e9e et elle n'a plus acc\u00e8s aux plantes m\u00e9dicinales et aux herbes qu'elle utilisait pour soigner les malades de sa communaut\u00e9. Elle est oblig\u00e9e d'embaucher des jeunes pour cueillir ces plantes sur la rive oppos\u00e9e du fleuve Sanaga. En cons\u00e9quence, cette gardienne du savoir m\u00e9dicinal traditionnel souffre, tout comme ses patients.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une voie \u00e0 suivre pour exiger des r\u00e9parations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des femmes de Dorma Kantinka, au Ghana, ont fait part de leur puissante campagne visant \u00e0 d\u00e9noncer les abus et les injustices dont elles et leurs communaut\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 victimes. Elles se battent \u00e9galement pour d\u00e9fendre leurs droits et exiger des r\u00e9parations pour les dommages et les pr\u00e9judices subis dans le cadre de projets dits de \"d\u00e9veloppement\".<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la soixantaine de participants, cette r\u00e9union a renforc\u00e9 leur connaissance commune de la Banque, de ses processus, de ses m\u00e9canismes, de ses membres et des dynamiques de pouvoir internes et externes en jeu. Elle a \u00e9t\u00e9 l'occasion de produire une analyse critique de la BAD, de s'interroger sur son r\u00f4le dans les politiques et les processus de d\u00e9veloppement de l'Afrique, et sur ses relations avec d'autres IFI comme le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et la Banque mondiale. Le groupe \u00e9tait particuli\u00e8rement pr\u00e9occup\u00e9 par le r\u00f4le de la BAD dans le fardeau de la dette des pays africains. L'analyse des co\u00fbts a \u00e9galement suscit\u00e9 un grand int\u00e9r\u00eat en tant qu'outil essentiel pour rendre visibles les co\u00fbts socio-\u00e9conomiques et environnementaux des projets financ\u00e9s par la BAD.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le CADTM Afrique a lanc\u00e9 un appel pour l'annulation de la <a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Africa-the-debt-trap-and-how-to-get-out-of-it\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">dette<\/a> des pays africains : \"Les dettes publiques qui ne servent pas au d\u00e9veloppement des pays africains doivent \u00eatre annul\u00e9es\", a d\u00e9clar\u00e9 le coordinateur Broulaye Bagayoko.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un plan d'action annuel pour 2023-2024 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini et guidera les actions du groupe dans les semaines et mois \u00e0 venir. Pour les participants pr\u00e9sents \u00e0 la r\u00e9union strat\u00e9gique de Conakry, il est essentiel de s'organiser et de r\u00e9sister. \"C'est une question de survie. Nous devons r\u00e9sister parce que nous n'avons pas d'autre choix. R\u00e9sister ou mourir parce que de toute fa\u00e7on nous n'avons plus rien\", a d\u00e9clar\u00e9 Hannah Owusu-Koranteng de WACAM Ghana.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les cons\u00e9quences des projets de \"d\u00e9veloppement\" financ\u00e9s par la Banque africaine de d\u00e9veloppement sont flagrantes, tandis que la souffrance des personnes touch\u00e9es se poursuit. 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