{"id":57310,"date":"2021-08-26T05:14:16","date_gmt":"2021-08-26T03:14:16","guid":{"rendered":"http:\/\/womin.africa\/grand-lahou-a-city-on-borrowed-time\/"},"modified":"2025-06-12T15:39:55","modified_gmt":"2025-06-12T13:39:55","slug":"grand-lahou-une-ville-en-sursis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/womin.africa\/fr\/grand-lahou-a-city-on-borrowed-time\/","title":{"rendered":"Grand Lahou, une ville en sursis"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l'ensemble du littoral ouest-africain, Grand Lahou, ville c\u00f4ti\u00e8re situ\u00e9e \u00e0 150 km \u00e0 l'ouest d'Abidjan (C\u00f4te d'Ivoire), est de plus en plus menac\u00e9e par la mont\u00e9e du niveau de la mer et l'\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re qui, petit \u00e0 petit, continue d'engloutir la ville.  Il y a cent ans, lorsque la ville a \u00e9t\u00e9 construite, environ 2 km s\u00e9paraient l'oc\u00e9an de la lagune. Aujourd'hui, cette distance n'est plus que de 200 m \u00e0 certains endroits, et elle se r\u00e9duit d'ann\u00e9e en ann\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grand Lahou est v\u00e9ritablement une ville en sursis. C'est pour cette raison que l'Africa Climate Justice Group a choisi cette destination pour sa visite de terrain le 19 mai 2021. Cette visite de terrain s'inscrivait dans le cadre du premier rassemblement francophone sur la justice climatique qui s'est tenu \u00e0 Abidjan du 18 au 20 mai 2021 sous le th\u00e8me <strong><em>Justice climatique pour l'Afrique - Reflect, Resist, Rise<\/em><\/strong>. Il a r\u00e9uni une trentaine de participants de 15 pays d'Afrique du Nord, d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique australe et d'Afrique centrale, afin de discuter des questions relatives \u00e0 la justice climatique, qui est cruciale pour l'avenir et la survie de notre continent.<br><br><strong>La ville aux trois eaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Surnomm\u00e9e la \"ville aux trois eaux\" parce que les eaux de l'oc\u00e9an Atlantique, du fleuve Bandama et de la lagune Tagba convergent \u00e0 son emplacement, Grand Lahou a longtemps \u00e9t\u00e9 une destination privil\u00e9gi\u00e9e pour les touristes, les commer\u00e7ants et les voyageurs. Malheureusement, cette \u00e9poque est r\u00e9volue depuis longtemps. L'\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re, exacerb\u00e9e par les effets destructeurs du changement climatique, ronge inexorablement Grand Lahou, comme tout le long de la c\u00f4te ouest-africaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D'autre part, il a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9 par la construction, \u00e0 250 km au nord, d'un barrage hydro\u00e9lectrique construit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Celui-ci a priv\u00e9 le fleuve d'une partie de sa puissance et de sa capacit\u00e9 de r\u00e9sistance \u00e0 l'oc\u00e9an. Si rien n'est fait pour stopper l'avanc\u00e9e de la mer, la ville risque de dispara\u00eetre sous les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le site offrait une signification tangible et en temps r\u00e9el de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9vastatrice de la crise climatique sur les peuples et leurs terres et territoires, soulignant l'urgence du Rassemblement africain pour la justice climatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s les salutations traditionnelles aux autorit\u00e9s communautaires, les participants ont embarqu\u00e9 dans deux pirogues vers l'embouchure qui relie l'oc\u00e9an \u00e0 la lagune. Michel S\u00e9gui, l'un des participants, p\u00eacheur et autorit\u00e9 coutumi\u00e8re de la ville, nous a servi de guide. Il nous a expliqu\u00e9 que l'embouchure s'est consid\u00e9rablement r\u00e9tr\u00e9cie et que son emplacement change, se d\u00e9pla\u00e7ant d'est en ouest le long de la bande de terre. Elle s'est d\u00e9plac\u00e9e de 2 km en 30 ans (1985-2016), et selon les pr\u00e9visions, si rien n'est fait pour stopper cette avanc\u00e9e ainsi que l'\u00e9rosion marine, la ville dispara\u00eetra d'ici 2050. La mer avance de 1 \u00e0 5 m par an sur toute la c\u00f4te ouest-africaine, avec des avanc\u00e9es spectaculaires de 10 m parfois.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L'impact de l'envasement sur les \u00e9cosyst\u00e8mes : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\"Si l'embouchure qui \u00e9tait autrefois profonde de 10m, voire 15 ou 20m par endroits, l'est aujourd'hui d'\u00e0 peine 2m par endroits, le ph\u00e9nom\u00e8ne d'\u00e9change d'\u00e9cosyst\u00e8me qui existait entre les deux eaux, avec des poissons qui venaient se r\u00e9approvisionner et se reproduire dans la lagune depuis la mer, et vice versa, ne se fait plus\" - -. <strong>Michel S\u00e9gui<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il va sans dire que la quantit\u00e9 de poisson a \u00e9galement chut\u00e9 de mani\u00e8re drastique, ce qui affecte directement les activit\u00e9s des femmes qui soutiennent leurs familles dans la transformation du poisson et la prise en charge des besoins alimentaires de la famille. La scolarisation des enfants est \u00e9galement d\u00e9stabilis\u00e9e par le manque de ressources pour le paiement des frais de scolarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le littoral et les p\u00eacheurs sont menac\u00e9s non seulement par la mont\u00e9e des eaux, mais aussi par les attaques de requins - qui se produisent de plus en plus pr\u00e8s de la ville - et par les bateaux pirates, qui ont tous deux un impact important sur les moyens de subsistance en perturbant la p\u00eache du jour et en emportant les filets des p\u00eacheurs :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\"Il y a environ 4 mois, nous avons perdu une dizaine de filets. Un filet de 50m co\u00fbte environ 100 000f XOF ou 150 000f XOF, et un p\u00eacheur, pour faire une saison, doit avoir 10 filets. Quand les requins ou les bateaux pirates d\u00e9truisent 5 \u00e0 6 filets dans notre parc, c'est une perte \u00e9norme pour nous, cela nous affaiblit.\"&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Solutions et recommandations communautaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 cette situation, Segui, en accord avec les membres de la communaut\u00e9, pr\u00e9conise des solutions qui pourraient \u00eatre b\u00e9n\u00e9fiques pour la ville :&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Stabilisation de la lagune afin de r\u00e9duire l'envasement et de garantir que le village ne se d\u00e9place pas davantage.<\/strong>. L'envasement a \u00e9galement un impact sur les mangroves, augmente la temp\u00e9rature des eaux avoisinantes et \u00e9loigne les poissons. \"La meilleure chose \u00e0 faire est de stabiliser l'embouchure en construisant une digue\", explique Michel S\u00e9gui. \"Avec des piliers, de grosses pierres pour stabiliser l'embouchure, comme on le voit ailleurs \u00e0 San Pedro. Cela \u00e9vitera aussi les inondations fr\u00e9quentes dans le village\". Les tentatives de r\u00e9gler (le probl\u00e8me \u00e0) San Pedro, comme (\u00e0) Grand Lahou, pourraient \u00eatre contrari\u00e9es par une <a href=\"https:\/\/www.gem.wiki\/San_Pedro_Port_power_station\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">nouveau plan charbon<\/a> qui est pr\u00e9vu pour San Pedro\". En fait, les projets d'infrastructure tels que les projets de charbon et de barrage semblent g\u00e9n\u00e9ralement ne pas tenir compte des incidences actuelles et futures probables li\u00e9es au climat.\u00a0<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Sensibiliser les communaut\u00e9s riveraines afin qu'elles cessent de couper la mangrove pour faire du bois de chauffage<\/strong>. <strong>Segui<\/strong>: \"En effet, la mangrove est un tr\u00e8s bon bois de chauffe, et comme elle est \u00e0 proximit\u00e9, les populations ne savent pas qu'elles sont tr\u00e8s utiles dans la reproduction des ressources halieutiques, la coupent pour faire du bois de chauffe. Depuis un certain temps, les chefs de communaut\u00e9s ont pris conscience de cela et nous soutiennent dans la sensibilisation. Ils ont compris qu'avec le r\u00e9chauffement climatique, l'\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re, l'ensablement, il faut pr\u00e9server les mangroves, surtout avec le r\u00e9chauffement de l'eau, les poissons vont sous les mangroves pour se reproduire\". Des r\u00e9solutions ont \u00e9t\u00e9 prises par les autorit\u00e9s locales pour dissuader les gens de d\u00e9truire les mangroves. Tout contrevenant s'expose \u00e0 une amende de 100 000f XOF et au retrait de son bateau. Ces dispositions ont permis de ralentir la destruction des mangroves. La communaut\u00e9 aimerait s'inspirer d'autres communaut\u00e9s, par exemple celle de Mbour \u00e0 <a href=\"https:\/\/gca.org\/senegal-is-planting-millions-of-mangrove-trees-to-fight-deforestation\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">S\u00e9n\u00e9gal<\/a>pour apprendre les techniques de <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Ng7zr48M8c0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">transplantation et restauration des mangroves<\/a>. Comme alternative \u00e0 la coupe de la mangrove, la communaut\u00e9 a l'intention de mettre en place un parc \u00e0 bois, afin d'\u00e9viter que les habitants ne soient toujours tent\u00e9s de couper les mangroves.\u00a0<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Pour pallier le manque de ressources, les responsables de la communaut\u00e9 proposent un \"repos biologique\" pour une partie de la lagune<\/strong>. Il s'agit d'interdire la p\u00eache dans cette zone pendant une p\u00e9riode donn\u00e9e, sous la supervision des autorit\u00e9s. Une telle entreprise n\u00e9cessiterait un important travail de sensibilisation et de formation aupr\u00e8s de la population.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Exploration potentielle de m\u00e9thodes et de pratiques durables d'\u00e9levage de poissons dans la rivi\u00e8re ou la lagune<\/strong> qui pourrait s'av\u00e9rer tr\u00e8s utile pendant la p\u00e9riode de repos biologique.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, certaines solutions sont \u00e0 port\u00e9e de main car elles ne n\u00e9cessitent pas de connaissances techniques pointues. Cependant, compte tenu de toutes les structures dures ou molles envisag\u00e9es, l'ing\u00e9nierie c\u00f4ti\u00e8re est n\u00e9cessaire pour \u00e9viter que le rem\u00e8de ne soit pire que le mal. Les <a href=\"https:\/\/www.worldbank.org\/en\/programs\/west-africa-coastal-areas-management-program\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Programme WACA<\/a>une initiative de gestion c\u00f4ti\u00e8re en Afrique de l'Ouest financ\u00e9e par la Banque mondiale, permet de repenser les solutions communautaires. Ce programme couvre six pays : C\u00f4te d'Ivoire, S\u00e9n\u00e9gal, Togo, B\u00e9nin, Sao Tom\u00e9-et-Principe et Mauritanie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le voyage \u00e0 Grand Lahou a offert au groupe une fen\u00eatre sur les cons\u00e9quences violentes de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels tels que l'\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re, exacerb\u00e9s par des activit\u00e9s humaines telles que les barrages et la crise climatique dans cette communaut\u00e9. En tant qu'\u00e9tude de cas, Grand Lahou t\u00e9moigne de l'urgence du moment pour de nombreuses communaut\u00e9s \u00e0 travers l'Afrique et le monde, pour lesquelles le temps est d\u00e9j\u00e0 compt\u00e9.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme toute la c\u00f4te ouest-africaine, Grand Lahou, ville c\u00f4ti\u00e8re situ\u00e9e \u00e0 150 km \u00e0 l'ouest d'Abidjan (C\u00f4te d'Ivoire), est de plus en plus menac\u00e9e par la mont\u00e9e du niveau de la mer et l'\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re qui, petit \u00e0 petit, continue d'engloutir la ville.<\/p>","protected":false},"author":18,"featured_media":57311,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[153,155],"tags":[25,58,28],"ppma_author":[214],"class_list":["post-57310","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latest-news-media","category-women-building-power","tag-climate-justice","tag-coal","tag-newcastle"],"authors":[{"term_id":214,"user_id":18,"is_guest":0,"slug":"oumou-koulibaly","display_name":"Oumou Koulibaly","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/6e78e579b9f5935107188ecda8434588af8a327a7bb6dbb3ae2268844ffc2919?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Ouma","last_name":"Koulibaly","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57310","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57310"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57310\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59378,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57310\/revisions\/59378"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57311"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57310"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57310"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57310"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/womin.africa\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=57310"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}